… département le plus bio de France, mais aussi le plus nucléarisé au monde !

Après ma rencontre avec Cyrille et Marie Frey à Villeurbanne, j’assiste à la Messe à Lyon, puis me dirige vers le village drômois de Lens-Lestang pour passer la semaine avec Pilou, qui s’occupe de la ferme de Jean-Marc Revol pendant sa semaine de vacances. Agriculteur passé en bio depuis un moment, celui-ci a une vingtaine de bœufs à l’engraissement et fait des céréales sur une centaine d’hectares.Lens-Lestang-panneau-G

Son mode de production ne me parle pas tellement, notamment sur la viande, puisqu’il reçoit les bêtes à l’âge d’un an, les engraisse jusqu’à deux ans et les emmène ensuite à l’abattoir. Dans les points me posant question, il y a le fait que les bœufs restent enfermés toute l’année dans des espaces restreints et qu’il ne gère pas lui-même la reproduction. Dans les points me paraissant positifs, il y a le fait qu’il s’occupe malgré tout bien d’eux en paillant leurs boxes tous les jours et qu’il produit lui-même nourriture en bio (foin et céréales broyées) qu’il leur sert matin et soir. Egalement, il récupère directement les carcasses à l’abattoir et s’occupe lui-même de la découpe et de la transformation, qu’il vend ensuite en circuit court.

Sur les cultures, il a revu ses méthodes de travail lors de son passage en bio : rotations avec des engrais verts (semis de plantes favorisant la régénération des sols entre les cultures), absence ou diminution des labours et de leur profondeur (un labour trop profond mélangeant les différentes couches de terre et dénaturant le sol, notamment en exposant à l’air libre et au soleil des couches pour lesquelles cette exposition est mauvaise) et arrêt des « apports » chimiques (engrais, pesticides, fongicides, insecticides, etc.). Restent à mes yeux la question de la surface importantes de terres cultivées impliquant une dépendance de la mécanisation moderne.

Je regrette un petit peu de n’avoir pas pu discuter directement avec Jean-Marc de toutes ces questions, car Pilou me dit qu’il est en réflexion et en remise en cause en permanence. Cela aurait probablement été un échange riche.

A côté de tout cela, Jean-Marc et sa femme ont un potager, quelques arbres fruitiers et quelques vignes desquelles ils tirent fruits et légumes et font leur propre vain. Au niveau énergétique, ils puisent l’eau d’une source et je crois me souvenir qu’ils ont le chauffage central au bois. Par ailleurs, Jean-Marc étant très manuel, une bonne partie de ses outils agricoles (hangars compris) sont construits et entretenus de ses mains.

Outre du rangement et quelques bricolages, le travail à cette période n’est pas surabondant : s’occuper des bœufs matin et soir est le seul impératif. Nous avons tout de même travaillé ensemble une parcelle en début de semaine, ce qui m’a permis de me remettre un petit peu au tracteur, et Pilou est allé semé deux autres parcelles avant la pluie annoncée pour le lendemain. Nous avons ensuite occupé nos journées en balades diverses et visites chez des petits producteurs bio amis et – plus ou moins – voisins : maraîcher, producteur de lait-fruits-céréales, etc.

Edouard, un ami qui était venu passer une semaine dans le sud avant Noël et qu’on avait retrouvé aux Journées Paysannes, est venu nous rejoindre mercredi soir. Nous sommes allés tous les trois visiter à une cinquantaine de bornes un paysan-brasseur que Pilou avait connu grâce à Jean-Marc et avons passés une chouette après-midi à visiter, discuter et goûter ses bières, avant de repartir avec deux bouteilles de chaque. Sur le retour, nous nous sommes arrêtés dans une ferme caprine pour acheter du fromage et avons passé deux heures sur place à visiter, observer la traite et discuter avec les fermiers. Ceux-ci produisent également du pain au levain cuit au feu de bois et font partie d’un réseau de fermes qui s’organisent pour vendre ensemble leurs produits. Le principe est celui de la vente à la ferme, mais avec une organisation particulière : chaque ferme du réseau ouvre son magasin une journée par semaine et vend en plus de ses propres produits ceux de toutes les fermes du réseau, ce qui leur permet de ne pas avoir de locaux à payer spécifiquement pour la vente, tout en permettant à leurs clients de ne pas avoir à faire le tour des fermes pour trouver ce dont ils ont besoin. Cela crée en plus du réseau purement fermier un réseau plus large fermier-consommateur et donc du lien social.

Le lendemain, je suis invité à déjeuner chez Fabien Revol, philosophe-théologien et fondateur d’Oeko-logia (groupe de réflexion sur l’écologie du diocèse de Valence) et de la Chaire Jean Bastaire (à l’Université Catholique de Lyon). Un chouette moment où nous discutons de mes différents projets et de ses occupations liées à l’écologie et à l’étude de l’encyclique Laudato Si’ du Pape François. Il m’apprend qu’aura lieu une semaine plus tard au monastère des dominicaines de Taulignan le week-end de réflexion trimestriel d’Oeko-logia, c’est donc l’occasion rêvée de faire d’une pierre deux coups : en savoir plus sur ce groupe de réflexion et découvrir le monastère de Taulignan dont la nouvelle de la conversion écologique m’est parvenue. Je décide donc, en accord avec lui et la mère prieure du monastère avec qui je suis en contact par mail, de me rendre à ce week-end. Vous aurez un compte-rendu de tout cela lors d’un prochain article.

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Fabien Revol

Le soir-même, nous nous rendons avec Pilou et Edouard à un dîner chez un apiculteur où nous retrouvons un ami commun. Une chouette soirée pleine de rencontres et de discussions diverses, et également l’occasion pour moi de tester mes compétences de pizzaïolo dans le four à bois de la maison. Je conviens également avec Jean, l’apiculteur en question, que je viendrai passer quelques jours chez lui la semaine suivante.

Le samedi matin, nous allons faire quelques emplettes à un marché de producteurs bio dans une ferme non loin de là. Puis, après avoir abandonné Pilou qui retourne ensuite dans sa Normandie natale, Edouard et moi partons à Belley passer le week-end chez des amis, en leur apportant quelques menus produits du terroir et… un petit coq pour leur enfant. Après avoir bien ri de leurs têtes en voyant notre cadeau, nous passons un bon week-end entre installation de Staphylo (nouveau nom du coq), ballades et visite d’un moulin à huile à l’ancienne.

Le lundi soir, après être passé chercher du lait chez un producteur bio rencontré la semaine précédente, je me dirige donc vers les Ruchers de Saint-Joseph sur la commune de Bren. Jean a repris il y a quelques années l’activité d’apiculteur de son père, après un parcours étonnant. Pour en savoir plus sur l’histoire de cette famille, vous pouvez regarder ce magnifique reportage de KTO.

Etant donné la saison, nous n’avons pas énormément travaillé sur les ruches mais Jean et Mélanie (et Hughes, leur associé) ont profité de mes compétences manuelles pour me faire participer à un certain nombre d’aménagements en bois, dont des étagères, un bureau, des établis roulants et la restauration d’une vieille presse à pommes qui servira à l’avenir à presser leur miel.

J’ai été très bien accueilli pendant cette semaine pleine de belles discussions et durant laquelle j’ai appris énormément de choses sur l’apiculture, même si je n’ai pas pu en voir beaucoup d’application concrètes.

Je me suis ensuite dirigé vers le monastère de Taulignan pour participer au week-end de l’association Oeko-logia. Très vite, la suite et le compte-rendu de ce week-end !

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3 thoughts

  1. Merci pour tous les articles passionnants de ce blog ! Nous qui ne risquons guère pour le moment de faire un tour de France comme celui-là avec nos six enfants, nous sommes très heureux de pouvoir partager ces découvertes !! Dans quel coin de la Drôme se situe le réseau de fermes évoqué dans l’article ? Merci ! Amaëlle

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