Êtes-vous en lien avec d’autres expériences similaires et les milieux dits alternatifs, afin de bénéficier de leur expérience ?

François : Nous nous sommes inspirés des Colibris, via le MOOC « Créer son Oasis », qui donnait beaucoup d’exemples, mais aussi de projets peu connus, chrétiens ou pas, comme les Arches de Lanza del Vasto, le Village Saint-Joseph, et diverses communautés religieuses essayant aussi de mettre en pratique l’écologie intégrale (Foyer Marie-Jean, Sœurs de Taulignan, etc.). Nous n’avons rien inventé ex nihilo, nous tentons juste une synthèse originale, qui à notre sens n’existe pas encore pleinement dans tous ces projets qui néanmoins développent à chaque fois un aspect de ce que nous cherchons.

Antoine : Un modèle qui nous inspire aussi, c’est la manière dont vivaient nos ancêtres, ou dont vivent certaines personnes encore aujourd’hui dans certaines régions (en Bavière par exemple). Nous avons respiré quelque chose de l’ancienne vie rurale dans nos familles. Nous avons toujours senti à quoi cela pouvait ressembler, sans nous voiler la face sur les écueils, sur le risque de vivre en vase clos – comme cela est montré dans L’Homme qui plantait des arbres de Giono. Nous avons aussi été influencés par le scoutisme, qui nous a fait goûter la joie de la vie frugale, et rencontrer des gens qui vivaient de manière sobre et heureuse.

Quel est votre projet d’école ?

François : Nous avons conscience qu’éduquer un enfant est analogue au fait de cultiver la terre, comme dans la permaculture, où le travail de l’homme consiste à être une cause dispositive plutôt qu’une cause motrice principale en voulant faire pousser les légumes plus vite en tirant dessus, en voulant éradiquer de manière invasive les espèces dites invasives, en voulant faire tout pousser à toute saison. Pour l’enfant, il faut mettre en place un environnement favorable à l’épanouissement et à l’éclosion du dynamisme interne de sa nature-même. Cette idée de la cause dispositive se trouve présente au cœur de la pédagogie Montessori. Nous essayons donc de favoriser une meilleure connaissance et un meilleur exercice de cette pédagogie, en organisant des stages pour former des institutrices ailleurs, mais aussi en ayant pour projet de créer si possible une école primaire et un collège Montessori, où le travail de la terre et l’artisanat seraient davantage mis en avant que dans l’enseignement actuel.

Antoine : Ce serait d’une grande naïveté que de vouloir sauvegarder l’école à la Péguy : les murs nus avec un tableau noir, où le cérémonial est tout entier centré sur l’oracle du savoir, de la raison, à travers le seul professeur. C’est vrai que l’école est d’une certaine manière un temple, un sanctuaire, un lieu de retraite pour étudier. Car les enfants sont à l’école pour être face au seul savoir, ils n’y vont pas pour être préparés à la vie professionnelle, ni pour être libérés de leurs préjugés, de leurs déterminismes comme dit l’autre. La République s’est fourvoyée en faisant de ce lieu un espace idéologique dans lequel on va déraciner les enfants et en faire des citoyens propres à consommer et à travailler, totalement déracinés de la nature, de leur milieu social. Autrefois, l’école fonctionnait en lien avec un environnement paysan et ouvrier : le monde n’y pénétrait pas, mais tous les enfants venaient avec le monde, et leur expérience formait le substrat qui permettait de les instruire (instruere = consolider, faire un mur avec du ciment).

Instruire implique que les élèves aient déjà de l’expérience. L’école implique un oikos qui est idéalement celui du village, près des champs. Michel Serres, lui, pense que notre cerveau a muté, que l’ordinateur a modifié notre cerveau, notre appréhension du monde, à tel point que cela a changé notre nature : il pense que Wikipédia, c’est le savoir. Mais quel savoir ?

Pour un enfant par exemple, connaître les animaux est fondamental : nous remarquons la fécondité qu’il y a à ce que les enfants fréquentent les poules ! Beaucoup ne savent pas ce qu’est une vache, et quand on leur dit « lait », ils pensent à une brique. La culture n’a de sens que par analogie avec l’agriculture. La page, c’est le pagus, le domaine cultivé par le paysan ; le sillon, c’est la ligne d’écriture.

Quel est l’aspect social de votre projet ?

François : Le social n’est pas séparable de l’environnemental, comme le dit le Pape François. Nous souhaitons proposer un type d’accueil original, un véritable accueil, un accueil intégral, car il s’agit de répondre à tous les besoins vitaux et fondamentaux de la personne humaine. Le besoin de sociabilité est un besoin aussi – voire plus – important que le besoin d’avoir un toit et à manger : être réintégré dans une communauté humaine vivante, conviviale, où la personne trouve sa place, un travail digne grâce auquel elle reprenne confiance en elle. C’est le travail de la terre et d’artisanat qui permet de répondre au mieux à ces défis, au sein d’un éco-hameau et grâce à un accueil familial.

Quels types de personnes en difficulté voulez-vous accueillir ?

François : Nous n’avons pas a priori limité le type de public que nous accueillerons. Nous avons choisi de travailler avec des associations déjà existantes, comme l’association Genèses, auxquelles nous proposons nos services, et elles discernent parmi les personnes qu’elles accueillent celles qui pourraient venir ici de façon bénéfique. Beaucoup d’associations existent, mais elles n’ont pas forcément de lieux comme le nôtre.

Antoine : Toute personne est en difficulté à certains égards. Mais nous souhaitons accueillir des pauvres. D’une certaine manière, nous sommes tous des pauvres, et nous sommes tous accueillis à l’éco-hameau, et nous y soignons nos blessures et nos pauvretés.

Si je reviens dans un an, cinq choses que vous aimeriez avoir faites.

François : Ouverture d’une maison d’accueil pour personnes en difficulté, ouverture d’une école primaire, accueil d’un prêtre en convalescence à plein temps, lancement de la ferme pédagogique, chant du grégorien traditionnel de Damien Poisblaud à la messe tous les dimanches.

Antoine : Qu’on puisse t’offrir des légumes qu’on aura plantés et cultivés ensemble. Qu’on fasse une vraie veillée ensemble, avec des chants, des danses traditionnelles, un spectacle théâtral.

C’EST FINI !

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