Voilà quatre jours que je suis parti, et j’ai un peu de temps pour me connecter en terrasse d’un bistrot de Josselin, charmante bourgade du pays de Ploërmel en Bretagne, pour vous raconter ma vie palpitante !


Je suis donc parti le 22 juin dans l’après-midi, direction Le Bec-Hellouin en Normandie, dans l’espoir de pouvoir visiter la fameuse ferme du Bec-Hellouin dont j’entends parler depuis un moment. Je sais qu’il y a un monastère bénédictin au Bec, ça devrait être parfait pour commencer mon tour et, accessoirement, avoir le logis et le couvert pour la nuit. Je n’ai prévenu personne de mon arrivée, ayant prévu cette étape environ deux heures avant mon départ. On verra bien.

Je prends la route, sous le soleil plombant, en évitant les autoroutes – objectif du tour, tenu pour l’instant. Et deux heures plus tard, je suis devant la ferme. Je vais lire les écriteaux : la visite est payante et l’ouverture limitée dans le temps. Le désavantage des expériences qui marchent fort : ils sont obligés de cadrer les entrées pour ne pas être débordés. Ça commence bien…

Mais voilà que je vois arriver au loin, à pied, un contingent de moines et moniales qui viennent visiter la ferme. D’une pierre deux coups, je m’intègre au groupe et je prévois mon pied-à-terre du soir !

Visite superbe, la ferme belle sous le soleil presque couchant, les explications de Charles, fondateur, père de famille et catholique, passionnantes. Ils pratiquent la permaculture, font presque tout eux-mêmes (bâtiments, outils, transformation, etc.) et tout à la main ou à l’aide des animaux. Un de leurs objectifs : bâtir la « société post-pétrole » !  Je ne développe pas plus que ça ici, un entretien devrait suivre.

Fin de la visite, les moines m’attendent et Charles est attendu pour dîner, je n’ai donc pas le temps de parler personnellement avec lui ni de fixer un rendez-vous. J’essaierai de passer le lendemain matin, en dehors des horaires d’ouverture, sans succès. J’ai préparé des questions, que je poserai à un éventuel prochain passage courant juillet ou par mail ou téléphone.

Direction le monastère, dîner, office, lecture et dodo. Pas grand-chose à dire de plus si ce n’est que la communauté est peu nombreuse et vieillissante, qu’ils n’ont pas beaucoup d’activités en-dehors de l’entretien du parc et que la nourriture est fournie par une entreprise qui n’oserait pas livrer ça à un hôpital. Mais la sérénité y est la même que dans les autres monastères que je connais. La sérénité avant la mort plutôt que dans la vie, c’est tout.


Le lendemain, direction la Bretagne pour une pause en famille le soir à Redon. Toujours par les petites routes, sous la bruine qui n’enlève rien à la beauté des paysages. Pas de rencontres particulières ce jour-là, mais six heures de route. Avec deux nièces à l’arrivée, qui les font vite oublier (pas les nièces, les heures de route. Suivez !).


Troisième jour, direction le petit village de Quily, pays de Ploërmel, pour rencontrer Daniel, un boulanger bio un peu particulier que j’ai découvert il y a un an grâce à un reportage vidéo qui a tourné sur le net (je vous mettrai le lien ailleurs, sinon vous allez vous disperser !). Il m’attend vers 15h, j’y suis à midi. Le temps de déjeuner sur l’herbe, au soleil, de me balader un peu, de bouquiner et de préparer mes questions. Quoi de mieux qu’une terrasse de café pour ça ? Erreur, une discussion s’engage avec un gars, maçon à l’ancienne. On part de mon projet, ses expériences, et on termine sur l’existence de Dieu et la religion. Allez savoir pourquoi ! On se quitte après échange de numéro pour que j’aille travailler un peu avec lui si je reste dans le secteur et que j’ai du temps. Je finis mes questions rapidement et je cours chez Daniel ! Une après-midi géniale, pleine de discussions et de contemplation, mon premier entretien, enregistré car je ne sais pas écouter et écrire en même temps. Et puis, il est si agréable à observer quand il parle et travaille simultanément, qu’il serait dommage de s’en passer !

En deux mots, il est boulanger de métier, poète, astrologue, chansonnier, jardinier, musicien de passion ! Son « domaine » est hors du temps, beau et calme comme un monastère. Mais si vous voulez en savoir un peu plus, vous pouvez aller voir par ici.

Plein de discussions, mais pas qu’avec lui ! Ses clients sont aussi très chouettes, et souvent bavards ! Pêle-mêle : paysannerie, artisanat, voyages, échanges d’adresses, politique et religion, Brexit, terrorisme, bref que des sujets intéressants… mais compliqués ! La différence avec les gens des campagnes, c’est qu’on peut discuter sans s’insulter, et ça change pas mal de choses. Et j’ai évité les coups de tromblon.

La journée se termine déjà, je demande à Daniel s’il a une idée d’où je pourrais dormir le soir. Il me dit que je peux squatter au deuxième étage d’une « cabane » en bois construite par ses soins. C’est royal, je valide et vais dîner dans une petite crêperie perdue dans la vallée, près d’une petite rivière. Deux clients, moi compris, c’est parfait et peu cher ! Je commencerai la mendicité demain…

Je rencontre par hasard le curé de la paroisse en remontant chez Daniel, il me fait visiter l’église et me donne les horaires et lieux de Messes de dimanche. Encore la Providence, qui depuis mon départ me jette dans les bras des ecclésiastiques, car il ne vient ici qu’une fois par mois, pour la Messe.


Le lendemain, après une ultime discussion avec Daniel qui me file quelques adresses, je pars vers Josselin pour le marché du jour, dans le but de trouver des contacts et de récupérer les invendus « invendables ». Plusieurs refus désolés pour cause de surcharge de travail ou de demandes (c’est la saison), mais quelques bons contacts, encore de chouettes discussions et changement de vingt euros en « gallais » – « petite arbre » en gallois, la monnaie locale. Je récupère suffisamment de légumes pour deux repas et on m’offre une excellente brioche à l’ancienne. Deo gratias !

L’après-midi, après déjeuner et toilette dans un cimetière – il faut bien de l’eau pour laver les légumes et le reste –, je vais voir Hervé, un forgeron recommandé par Daniel. Il ne travaille pas ce jour-là, mais je peux repasser dans la semaine. On discute un brin et il me recommande l’adresse de quatre jeunes qui s’installent pas très loin avec leurs enfants et qui visent l’autosuffisance. Je m’y rends aussitôt, mais il n’y a personne, à part des chiens pas trop méchants mais assez dissuasifs pour m’empêcher d’aller voir plus près. J’attends donc à l’extérieur du terrain en lisant et discutant avec leurs bêtes – vaches et chevaux.

Un gars finit par arriver de la propriété. C’est un de leurs amis qui passe la charrue sur une de leurs parcelles. On discute pas mal et je vais lui filer un coup de main pour réatteler la charrue qui s’est détachée du tracteur. Premier aperçu du lieu de l’intérieur, petit paradis sur terre !

On passe la fin de l’après-midi ensemble, les autres n’arrivent toujours pas. J’attends encore un peu après son départ, puis je décide de laisser un mot sur le portail avec mon numéro. C’est que j’ai entendu parler d’une fête de la musique dans un petit village pas loin ! J’y vais donc et tombe sur Bagad et danses bretonnes, et musiques plus contemporaines vraiment bien jouées. Bonne ambiance donc, j’ai bien fait d’y aller !

Un des jeunes, Pierre, m’a laissé un message, je peux passer quand je veux et peux dormir chez eux. Je valide par texto et décide de rester un peu à la musique. Dans le public, un couple avec trois enfants retient mon attention, ils correspondent à l’image que je me fais des gens chez qui je vais après. J’observe un peu, leur chien ressemble fort à un de ceux qui m’ont aboyé dessus dans l’après-midi. J’hésite à demander, le gars sort son portable et commence à appeler. Le mien vibre. « Allô ? Je vais pas te gâcher ton forfait, je suis devant toi ! ». Contact pris !

On discute un peu, je me présente à la famille et on rentre chez eux, où je rencontre rapidement l’autre couple qui va passer la nuit ailleurs. Discussions chouettes jusqu’à deux heures du matin, en sirotant une bière maison au coin du feu, à côté de leur yourte, maison aussi, mais dans les deux sens.

Ils sont sur ce terrain depuis quelques mois, Pierre est ébéniste au départ et fait maintenant de la bière. Il cherche pour l’instant le houblon adapté à l’écosystème. Sa compagne est la seule à ne pas être investie pleinement dans le projet pour le moment, elle bosse dans le cheval pas loin. Dans l’autre couple, le gars est tailleur de pierre à la base et cherche maintenant des blés anciens adaptés au terrain pour faire des galettes bretonnes et du pain, et sa compagne a commencé le maraîchage sur le terrain. Et tous les à-côtés : défrichage du lieu, nettoyage et restauration des bâtiments, du four à pain, des puits, de la presse à pommes pour le cidre, etc. Ils ont deux ou trois sources potables à proximités, dont le couple qui reste avec moi cette nuit se sert pour tout puisqu’il n’a pas l’eau courante. Quant au chauffage et la lumière, c’est à la flamme. La cuisine, à la flamme ou au gaz. Ils n’ont pas encore l’électricité, et s’en accommodent très bien pour l’instant. Les gamins sont loin d’être malheureux et sont hyper beaux, intelligents et éveillés, comme tous les enfants vivants ce mode de vie que j’ai déjà rencontrés.


Je passe la nuit bien installé dans ma voiture, et me lève pour aller à la Messe dans un village à vingt minutes de voiture d’ici, non sans avoir demandé à Pierre si je pouvais repasser dans la semaine pour travailler avec eux. La Messe est assez belle, d’autant qu’on fête aujourd’hui Saint Pierre et Saint Paul, patrons de la paroisse. Procession, bannière et beaux ornements sont de sortie. L’abbé est celui que j’ai vu deux jours plus tôt, ce que j’avais ressenti se confirme : il est assez carré sur la Liturgie. Première Messe bretonne passée avec succès, ce n’était pas forcément gagné.

L’après-midi, retour à Josselin pour trouver une carte IGN de Bretagne et prévoir un peu plus concrètement la suite avec toutes les adresses que j’ai récolté ces jours-ci, retranscrire mon entretien et me connecter à Internet.


Voilà pour le moment ! Je reste à priori dans le coin jusqu’à mercredi ou jeudi, et je descends ensuite à l’ouest de Nantes passer quelques jours chez de la famille qui vit dans l’esprit que je cherche.

J’ai été un peu long, c’est normal : les premiers jours, la découverte, etc. ! Si vous avez lu jusqu’ici, vous saurez que j’essaierai de faire plus court les prochaines fois. Les autres, ceux qui n’ont pas tenu, ne reviendront probablement jamais… Tant pis !

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