Cet entretien est un apport à cet article.


Peux-tu m’expliquer ce qu’est « Le Champ Commun » ?         

Le Champ Commun est un bar, une épicerie et une brasserie qu’on a décidé de monter, entre personnes qui ne se connaissaient pas forcément, pour pouvoir rester travailler, vivre et consommer en milieu rural. Nous avions déjà participé à des initiatives à droite à gauche, et nous nous sommes finalement dit qu’avec la gestion qu’il y avait derrière, c’était un métier qui est le métier d’épicier. Quand on cherche du travail et qu’on a la possibilité de monter une épicerie, on peut être épicier.

Nous avons décidé de faire ça en lien avec un bistrot, parce qu’on estime qu’un bistrot est important en milieu rural, c’est un lieu social assez fort.

Nous avons ensuite rencontré un collègue brasseur qui nous a proposé de faire sa bière chez nous. C’est là qu’est née la brasserie.

Dans un futur proche, nous allons également monter une auberge pour accueillir soit des gens en individuel, soit des groupes de formation ou des séminaires. Avec une salle d’activité, pour travailler ou faire la fête, et des chambres à coucher.

Depuis quand tout cela existe-t-il ?

Nous avons acheté et ouvert le bistrot le même jour. La coopérative a été créée en décembre 2009, nous avons signé les derniers papiers d’achat le 29 janvier 2010 à 16h, et à 16h01 le bistrot a ouvert dans l’état où les anciens propriétaires, encore en activité, nous l’avait laissé. Il n’y a donc pas eu de fermeture du bistrot. Un mois après, on avait fini les travaux pour déplacer le bar dans une petite maison à l’arrière et débuter l’activité telle qu’elle est aujourd’hui.

Pendant 5 mois, nous avons rasé tout le rez-de-chaussée du bâtiment initial, puis renové des meubles et fabriqué les nôtres, fait les travaux d’agrandissement, l’électricité et la plomberie. En parallèle, nous sommes allés chercher des fournisseurs, des producteurs, des centrales d’achat. Puis on a ouvert une épicerie, le 10 juillet 2010.

La brasserie, elle, est arrivée deux ans après, fin juin 2012.

Et on espère pouvoir ouvrir l’auberge à l’hiver 2017.

Quelle a été l’inspiration de ce projet ? Peut-on parler de simplicité volontaire, de décroissance ?

Tu n’interroges pas la bonne personne pour ça, ça me parle assez peu. Je crois que je ne me prends pas trop la tête sur ça, même si j’ai un côté réac ! (rires)

L’installation de projets alternatifs est souvent compliquée avec les locaux. Comment avez-vous été accueillis ?

Le village d’Augan n’a pas été choisi par hasard ! Une partie des personnes impliquées dans le projet étaient d’ici, et on avait entendu parler de la dynamique du lieu. Selon les chiffres, on trouve entre trente et cinquante associations à Augan, plus ou moins actives. Ça fait beaucoup pour 1500 habitants. Il y a plus de cent cinquante enfants scolarisés en maternelle et primaire, avec trois écoles. C’est une commune assez jeune et ouverte d’esprit, très dynamique.

J’ai travaillé avant dans un village à côté, avec une clientèle assez âgée, et quand ils me demandaient d’où je venais et que je répondais Augan, la quasi-totalité me disait que j’avais de la chance et qu’eux-mêmes aimeraient bien y vivre. A chaque fois. Alors que quand tu passes dans le bourg, tu n’as pas forcément envie de t’arrêter parce que ça ne paie pas de mine, on est loin du petit village de caractère.

Vous avez des partenariats avec les producteurs locaux ?

Partenariat est un bien grand mot ! Aujourd’hui, nous travaillons avec à peu près soixante-dix structures dont une cinquantaine en production locale, la majorité à moins de cinquante kilomètre du Champ Commun. Mais pour nous, la définition du mot « local » ne se base pas que sur une proximité géographique. Ça peut être sur une proximité politique. Par exemple pour nos producteurs de vin, car il n’y en a pas en Bretagne ; mais pour nous, c’est du local. Il n’y a pas de charte ou de cahier des charges prédéfini, mais dans les grandes lignes nos idées convergent. On a une nana qui fait du savon en Espagne, mais elle est native du bled et elle fait régulièrement la route, ou sa famille, avec des cargaisons.

Après officiellement, nous n’avons pas de partenariats, dans le sens où rien ne nous lie à quelqu’un, il n’y a pas de contrats.

Dans quelle logique vous placez-vous par rapport au monde de la surconsommation, du profit ?

Une des richesses du Champ Commun, c’est que nous n’avons pas tous les mêmes idées, on ne se bat pas tous sur les mêmes combats. Certains seront plus à cheval sur la production locale, d’autres sur la production biologique, d’autres sur l’aspect humain sans s’occuper de la consommation, d’autres sur la surconsommation ou le gaspillage alimentaire. C’est qui fait notre force, mais aussi parfois nos difficultés.

Nous sommes aujourd’hui 156 associés, dont certains bossent ou ont bossé dans le nucléaire ou dans des grosses entreprises comme EDF, on a des chômeurs et des retraités, des jeunes et des vieux (notre plus jeune associé a moins de 10 ans et notre matriarche a 96 ans !), etc.

Tout ce monde se retrouve sur des valeurs, mais qui ne sont pas forcément les mêmes.

Y a-t-il un point qui pourrait vous lier tous ?

Je dirais que c’est un lien humain, un lien social. Personne n’est laissé de côté chez nous !

Il y a des lieux où les personnes de tel parti ou idée politique, de telle religion ou telle sexualité sont rejetés. Au Champ Commun, tout le monde est le bienvenu, après on s’arrange d’homme à homme, mais tu trouveras toujours un terrain d’entente avec une personne.

Il y a aussi l’envie de vivre pour de vrai à la campagne, sans avoir à faire des kilomètres en voiture pour faire ses courses, voir des spectacles ou rencontrer des gens. Le projet initial était de créer de l’emploi en milieu rural pour rester y vivre et pouvoir y consommer des produits locaux. Nous souhaitons également ouvrir l’espace culturel, en lien avec le bistrot qui organise des concerts, des expositions et des spectacles. Ça, c’est le noyau dur, c’est dans les statuts de la coopérative. Mais il n’y a pas de ligne idéologique.

Vous accueillez des stagiaires. Quelle logique de transmission ?

Nous sommes en train de réfléchir à élargir les perspectives à ce niveau-là puisqu’il y a un pôle « essaimage », pour pouvoir aider des gens qui prennent des initiatives ailleurs. L’idée n’est pas forcément d’aller faire des petits partout, mais d’accompagner des gens qui ont des idées proches de la nôtre, qui le feront comme nous ou d’une façon différente mais avec des similitudes. On accompagne donc des porteurs de projets, des services civiques, des stagiaires, des compagnons, etc.

Ce qui m’amène à la question suivante : comment réagiriez-vous si une structure semblable à la vôtre s’installe à proximité ?

On a l’exemple parfait puisque nous sommes en train d’accompagner l’ouverture d’un bistrot à moins de dix kilomètres.

Nous partons du principe que le commerce amène le commerce. A partir de ça, nous ne sommes plus dans une logique de concurrence mais de soutien.

A Augan, il y a trois bistrots, qui n’ont pas les mêmes horaires d’ouverture, pas le même public, pas les mêmes animations, donc ce n’est pas de la concurrence, mais de la complémentarité.

Si vous voulez en savoir plus sur le bistrot du Champ Commun, cliquez ici.

 

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