La dernière semaine d’avril, je suis parti avec mon petit frère – qui fait actuellement du WWOOFing – passer une semaine à l’Arche de Lanza del Vasto du Gwenves, non loin de Quimper (Finistère). Pour bosser la terre, pour me ressourcer, sans la pression d’un article à rendre, car les semaines précédentes avaient été très fournies en écriture. Nous avons été très bien accueillis dans cette communauté dans laquelle j’avais déjà passé une dizaine de jours en octobre dernier et que vous pouvez découvrir en allant voir le long entretien que j’avais fait avec eux à cette époque. Une semaine au calme donc, pleine de discussions sympathiques et toujours très instructives ; de travail au jardin sur le désherbage et le repiquage de plants divers ; de travail artisanal avec l’isolation et les enduits terre du futur atelier de tissage et cordonnerie de la communauté, la préparation du futur atelier meunerie et le transfert d’un des deux moulins dans cette belle pièce en bois sentant l’huile de lin, etc.  J’ai également pu avancer tranquillement sur l’écriture de mon bouquin, et lancer l’idée d’une collaboration entre la communauté et la revue Limite – vous en saurez plus à la rentrée 2017. Et quelques belles ballades sur la côte, toujours aussi belle dans le Finistère !


Une fois cette semaine terminée, mon petit frère et moi nous dirigeons vers la Touraine pour l’enterrement de notre grand-mère. En route, nous nous arrêtons chez plusieurs personnes que j’étais allé voir au début de mon tour : Daniel, Yannick, Frédo et Rosa, Massoud, Romain et Emma. Nous sommes allés dormir le soir à Notre-Dame des Landes chez Marcel et Sylvie Thébault, qui nous ont fait le point de situation locale pendant le repas. Après cela, nous avons accompagné Marcel à une assemblée générale pour voir comment cela se passe. Je ne pourrai pas en dire plus ici, le contenu de ces AG ne devant pas être diffusées sur le net, mais c’était une soirée passionnante !


Le lendemain matin, nous nous rendons donc non loin de Tours pour les funérailles de notre grand-mère, où nous retrouvons (presque) toute la famille, avant de nous séparer. Le frangin se dirigera à nouveau vers la Bretagne, je me rends moi au monastère de Fontgombault pour y passer quelques jours et me renseigner sur leur modèle agricole et artisanal.

Lors d’un entretien avec le père abbé, Dom Pateau, j’obtiendrais – sans forcer, rassurez-vous ! – le visionnage d’un reportage sur l’abbaye et ses activités et la visite de la ferme du monastère avec le frère fermier. Dom Pateau me dit quelques mots de sa réflexion et de son attention croissante à la notion d’écologie intégrale et m’explique leurs différentes démarches concrètes pour un respect maximum de la Création. Alors que notre entretien va prendre fin, l’abbé regarde sa montre, réfléchit quelques secondes et me dit : « Il nous reste un petit quart d’heure avant le dîner, voulez-vous que je vous fasse visiter le barrage hydraulique ? ». J’accepte avec joie, et d’autant plus qu’il me semble voir dans ses yeux et son sourire un bonheur non-dissimulé de pouvoir renouer pour quelques minutes avec son ancienne vie. En effet, c’est comme professeur de physique que Dom Pateau exerçait avant d’entrer au monastère, où il a fortement participé à l’installation puis à l’entretien du fameux barrage, avant d’être élu père abbé par ses frères. J’entre alors avec lui dans un monde de machines et d’ordinateurs, entouré d’eau claire et de nature. L’abbé, toujours aussi calme en apparence mais les yeux pétillants, me fait tout visiter, jongle entre les programmes informatiques et les machines à rouages en m’expliquant leurs fonctions, inspecte les lieux : c’est son domaine, qu’il ne peut plus exercer autant qu’il le souhaiterait, il en profite !

L’abbaye est depuis fort longtemps plus qu’autonome en électricité grâce à ce barrage dont elle revend le surplus à EDF. L’eau de la rivière sert également à chauffer le monastère grâce à une petite dizaine de pompes à chaleur : l’eau y entre à douze degrés et en ressort à six, par un phénomène que je ne saurais réexpliquer mais que Dom Pateau m’a expliqué en détail. Quant à l’eau courante, elle provient d’une source naturelle passant sur les terres de l’abbaye – un gros chantier est actuellement en cours pour répondre à toutes les normes officielles.

Dans les jours suivants, je visite donc la ferme du monastère avec le frère fermier. Celui-ci s’occupe des bêtes (vaches, poules) et des cultures de céréales. Lorsqu’il est arrivé à la ferme il y a plusieurs années, le modèle agricole était assez conventionnel : vaches Prim’Holstein poussées à leur maximum pour la production du lait, utilisation du labour conventionnel et de la chimie sur les cultures, etc. Le frère n’y connaissant rien à l’époque, il commence par suivre les conseils des agriculteurs. Mais assez vite, il se trouve assez mal à l’aise, car il ressent un bousculement total des limites naturelles. Petit-à-petit, il se renseigne sur les alternatives à ce modèle et fait doucement évoluer les choses, avec le soutien confiant mais quelque peu étonné de ses supérieurs.

Aujourd’hui, les Prim’Holstein ont été progressivement remplacées par des Jersiaises, vaches rustiques plus petites et productrices d’un lait extrêmement riche en matière grasse. Celui-ci sera utilisé, outre pour le petit-déjeuner et la cuisine, pour la préparation de beurre et de fromage, également produits sur place. Nourries soit en pâturages, soit au foin produit sur place, les vaches sont soignées tant que possible avec des produits naturels (homéopathie, plantes, etc.). La reproduction se fait en partie grâce aux taureaux du troupeau, mais le frère fait parfois appel à l’inséminateur pour éviter trop de consanguinité. Quelques bêtes d’autres races sont également élevées sur la ferme, pour la viande consommée de temps en temps par les moines et les hôtes. Sur les cultures de céréales, le labour a été abandonné et le frère utilise le semis direct. Sans y arriver forcément totalement, il préfère aux produits chimiques les engrais verts, les purins de plantes ou même les préparations de micro-organismes qu’il commence à essayer après qu’un ami paysan ami le lui ait vivement conseillé. Le résultat des récoltes servira à la reproduction des semences, à la nourriture des bêtes et des hommes, notamment grâce à la transformation sur place du grain en farine, puis en pain. Tout cela pour un résultat final correspondant très bien à l’ensemble des frères, « et particulièrement au frère économe qui réalise des économies énormes en n’ayant plus à acheter tout un tas de produits chimiques ! » me glisse avec un sourire le frère fermier.

Avec le maraîchage et les fruitiers, gérés par un autre frère, la production de la ferme permet une autonomie alimentaire presque complète à la communauté. Si on prend également en compte l’autonomie énergétique et le mode de vie naturellement sobre d’une abbaye bénédictine, on s’approche tout de même assez fort d’une écologie pleinement intégrale ! Et pour les quelques points manquants, le frère fermier est à la recherche permanente de bons conseils qui viendraient à lui, car sa condition lui permet assez peu d’aller les chercher par lui-même. Avis aux bonnes volontés !


Après ces quelques jours à Fontgombault, je me suis dirigé vers le sanctuaire marial de Rocamadour, pour y passer la nuit et voir ce qu’il se faisait dans la région. Après une bonne soirée et une nuit dans ce lieu magnifique, j’ai passé une matinée à arpenter les alentours sans rien trouver d’intéressant, à part des paysages magnifiques. Après avoir regardé sur Internet, j’ai constaté qu’il n’y avait rien à visiter pour moi – ou alors que c’était trop bien caché pour que trouve.


Je suis alors parti pour le coin de Nérac, non loin d’Agen. En effet, une ancienne prof suivant mon aventure depuis le début y habite maintenant et m’invite régulièrement à venir la voir. Elle n’est pas là le soir de mon arrivée, je cherche donc des lieux à visiter et, en me baladant, je passe par un lieu-dit dont le nom me dit quelque chose. Après avoir passé la nuit le long de la Baïse à Condom, je recherche dans mes carnets et tombe en effet sur un contact au lieu-dit en question : la ferme de Cauberotte. Je m’y rends donc pour tomber sur Max et Paul, deux maraîchers bio associés depuis une dizaine d’années sur ce lieu alternatif. Je passe la journée à discuter et travailler avec eux. Ils m’expliquent qu’ils sont un certain nombre d’amis à s’être installés dans le coin pour y vivre collectivement, en gardant malgré tout une certaine indépendance familiale. Chacun a donc son logement perso, plus ou moins autonome énergétiquement, souvent très alternatif (yourtes, tentes, maisons biscornues en bois-terre-paille, etc.), à quelques kilomètres les uns des autres. Certains sont paysans-boulangers, d’autres maraîchers, d’autres fromagers, d’autres arboriculteurs, d’autres éleveurs de cochons, etc. D’autres, en plus de petits boulots ou de mi-temps, réalisent des chantiers en écoconstruction ou apprennent le tissage et le travail du cuir. En collectif, ils arrivent à une certaine autonomie alimentaire. Tous partagent des moments en commun, se filent des coups de mains et ils organisent ensemble chaque année un festival alternatif où se côtoient des concerts, des ateliers agricoles, artistiques et culturels, de bien-être ou de réflexions.

J’apprends qu’a lieu le lendemain la journée de pain de Charles, leur ami paysan-boulanger, je me rends donc chez lui pour lui demander si je peux y assister. Il accepte tout de suite et donne rendez-vous le lendemain à 8h pour le premier façonnage. Je passe la soirée et la nuit chez Catherine, mon ancienne prof, qui m’accueille royalement et m’invite si je le souhaite à passer les prochaines nuits chez elle, ce que j’accepte avec joie !

Le lendemain matin, après avoir trouvé du lait cru bio et avoir petit-déjeuner, je me rends chez Charles qui m’accueille très gentiment et simplement. Après avoir discuté un peu et allumé le feu dans le four à pain, il me propose tout de suite de l’aider au façonnage. Je suis assez touché car on se connait à peine et il sait que je n’ai que peu d’expérience, mais il accepte naturellement de prendre le risque que je ne réussisse pas parfaitement. Je lui file donc la main toute la journée au façonnage, à l’enfournement et au défournement – il me laisse même en faire un tout seul – et à la préparation des caisses pour les livraisons – dont la Biocoop de Nérac. Il semble être à peu près satisfait de mon travail, bien que j’aie pas mal galéré au départ ! Ouf !

Pendant le déjeuner, j’ai pu rencontrer pas mal de gens du collectif puisque la cuisine collective à côté du fournil sert régulièrement de lieu collectif, où l’on partage son temps et son repas. L’ambiance y est très chouette, les membres du groupe sont tous assez jeunes et dynamiques, on y parle librement et simplement de tous les sujets.

Avant de repartir le soir, je passe voir un chantier en cours pas loin. C’est une maison sur pilotis en bois, terre, paille et isolants naturels. Tout se fait en auto-construction, avec des coups de mains des copains et quelques chantiers collectifs. Je prévois de venir le lendemain filer un coup de main.

Le lendemain matin, je profite d’avoir du courant pour travailler un peu sur un entretien à publier bientôt. Je vais ensuite filer un coup de main sur le chantier de la veille, où on me confie le ponçage de pièces de bois qui serviront à l’escalier, ainsi que quelques travaux pour l’isolation. J’aide également à installer les protections de quelques petits arbres plantés sur le terrain et attaqués férocement par les chevreuils. L’après-midi est aussi chouette que la journée de la veille !

Le lendemain matin est encore passé au travail d’écriture, avant de retourner voir Max et Paul pour voir si je peux leur acheter quelques légumes avant de repartir. Je leur file un coup de main pour la cueillette, en achète quelques-uns et quitte ensuite ce coin, ravi des rencontres que j’y ai fait !


Direction les Pyrénées, en faisant un petit détour par l’abbaye de Maylis, entre Mont-de-Marsan et Dax, pour y découvrir le travail des moines olivétains. D’autres nouvelles bientôt !

One thought

  1. Quelles chouettes aventures! J’ai eu le lien par philanthropos, et c’est vraiment bon de te lire! je l’ai fait promo V! Et dommage que je ne l’ai pas vue avant, je suis de lectoure et il y a une bonne adresse d’un paysan boulanger qui fait donc tout de A à Z. Si jamais tu reviens dans le coin soit le bienvenu! Marie Percher

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