Réveil au Mont-Saint-Michel et mise à jour, donc, de mon blog en ce lundi matin, après une pause de quelques jours. Je décide de me rendre à Quelneuc, dans le Morbihan. C’est un village dans lequel on m’avait conseillé de m’arrêter lors de mon passage à la Métairie Neuve de Questembert, parce qu’il est très vivant et plein d’alternatifs.

J’y arrive sous un soleil de plomb, le village semble mort. J’ai avec moi un numéro, d’une dame dont on m’avait dit qu’elle était une « plaque tournante ». Je me résigne à l’appeler, chose que je déteste, mais je fais bien car elle m’invite aussitôt à passer chez elle dans une vieille jolie maison, terre battue au sol et plancher magnifiquement rustique au plafond. Electricité par panneaux solaires, récupération d’eau de pluie et puit, cuisine au feu de bois. Et en effet, il y a du passage : en une heure sur place, je rencontre quatre personnes et on me donne autant de contacts à passer voir. Je vais passer la soirée et la nuit chez mon frère et ma belle-sœur, j’y retrouve un autre frère, et je m’y attarde finalement jusqu’au mercredi fin de matinée, canicule oblige.

Le mercredi, je retourne à Quelneuc et appelle Frédo et Rosa dont on m’a dit deux jours plus tôt qu’ils étaient paysans en installation. Ils m’invitent aussitôt à boire un godet chez eux, je leur explique mon projet et je me fais embaucher aussitôt, après une brève visite de leur potager et de leur serre. Opération fourrage ! Entendons-nous bien, il s’agit juste d’aller chercher des branches bien feuillues de frêne et noisetier, dont les feuilles séchées serviront de complément alimentaire aux bêtes pour l’hiver. On en remplit un camion, près d’un petit cour d’eau charmant où nous alternons travail et pauses cidre maison/cigarettes. On retourne chez eux, et après avoir étalé les branchages pour qu’ils sèchent au soleil, nous nous dirigeons vers un de leurs champs de pommes de terre pour les traiter (le moins possible) contre le mildiou, un champignon parasite qui a déjà bouffé toutes les patates du canton, à part les leurs. J’arrache les feuilles contaminées pendant que Frédo traite à la bouillie bordelaise, avant de s’arrêter en décidant de voir ce que ça donnerait sans traitement. On ramasse quelques kilos pour le repas du soir et pour voir où ça en est, la récolte n’est pas trop mauvaise, les patates seront assez jolies. Frédo profite du retour pour me montrer ses différents champs de céréales, puis nous faisons un petit tour au bar-tabac du village, où nous croisons tous les paysans du bourg qui viennent ici après leur journée de travail. Très bonne ambiance, tout le monde salue tout le monde, vieux et jeunes discutent joyeusement, ce qui confirme les dires de Frédo : l’accueil des jeunes paysans bio par les vieux conventionnels est plutôt bon, comme c’est assez rarement le cas ailleurs.

Retour à la maison, où Frédo et Rosa préparent le repas pendant que je vais chercher du lait chez un de leurs amis. Dîner et soirée très sympathiques, avec un certain nombre de leurs amis. Je vais ensuite me poser non loin de là, à deux pas du puit communal, pour passer la nuit dans ma voiture, avec deux chèvres comme voisines.

Le lendemain matin, je vais filer un coup de main à Massoud, une des personnes croisées la veille et dont j’ai partagé le repas. Il a fait l’acquisition il y a quelques mois d’une énorme maison à moitié en ruines qu’il restaure depuis. La maison est magnifique et très imposante, on l’appelle « le manoir » dans le village. Le travail de ce jour consiste à sceller les pierres qui tombent des murs extérieurs. C’est la première fois que je fais ça, et le coup de main est moins évident à prendre qu’il n’y paraît.

Nous allons ensuite déjeuner chez Frédo, puis je passe l’après-midi à me balader et bouquiner, avant de me rendre à un petit marché des producteurs bio locaux, marché non-déclaré. Quasiment tout y est à prix libre, et chacun paie et se rend la monnaie soi-même. Frédo et Rosa m’ont préparé un panier qu’ils m’offrent pour me remercier de mon aide de la veille, j’achète quelques petites choses, échange quelques adresses, et retourne me balader avant de passer la nuit au même endroit que la veille, les voisines étant charmantes.

Un nouveau jour se lève, et je me dirige enfin, après des années de discussions sur le sujet, vers Notre-Dame-des-Landes, pour y passer un peu plus de vingt-quatre heures chez des paysans historiques dont j’ai eu le contact par des amis parisiens, Marcel et Sylvie. Vingt-quatre heure de discussions avec différentes personnes, paysan historique et occupants de la «  Zone A Défendre », de visites en tout genre et de coups de mains à droite à gauche, tout cela pour tenter de mieux comprendre ce qu’il se passe depuis maintenant quelques années. Je serai bref ici, ayant réalisé deux entretiens qui vous en diront plus que je ne saurais le faire et voulant éviter d’écrire des choses qui ne devraient pas sortir de la ZAD. Cela peut paraître étonnant, mais le contexte là-bas est un contexte de lutte, qui dure depuis au moins quatre ans et qui promet de continuer plus que jamais dans les prochains mois. Prudence donc.

Sur le projet d’aéroport en soi, je ne dirai rien car ceux qui veulent en savoir plus ont tout ce qu’il faut pour le faire par ailleurs. Sur la vie sur place, je dirai quelques mots. La première chose qui m’a frappée en arrivant, c’est le calme qu’il y règne malgré les traces de lutte, récentes ou moins. Dans l’inconscient collectif, NDDL est un lieu où règne le chaos en permanence et où il ne fait pas bon traîner. Je le dis tout de suite, à moins de venir en voiture de gendarmerie ou en papamobile, on ne risque pas grand-chose. Ce que j’ai vu durant ces vingt-quatre heures confirme la première impression : énormément de personnes très différentes y cohabitent à peu près dans la paix, des gens y travaillent et vivent, d’autres sont moins actifs mais néanmoins nécessaires pour éviter une reprise de terrain par les autorités. Les accrochages entre riverains et occupants, s’ils ont parfois été vrais il y a quelques mois ou années, sont aujourd’hui un pur fantasme de quelques-uns, qui se dépêchent de le transmettre à l’opinion générale par l’intermédiaire des médias, souvent aux ordres du pouvoir. D’un point de vue opinions, il est vrai que beaucoup sont à l’opposé de ce qu’on pourrait appeler « la droite » – si cela avait encore un sens – ou du message de l’Eglise. Pour autant, je n’ai rencontré aucune agressivité à mon encontre, même lorsqu’il m’est arrivé de dire qui j’étais. Une autre chose m’a frappée, c’est la sérénité de Marcel, son extrême bienveillance alliée à sa lucidité sur ce qu’il se passe sur la ZAD : loin de ne pas se rendre des défauts ou limites des uns et des autres, ainsi que du système qui continue de se mettre en place à NDDL, il n’en reste pas moins très doux et réfléchi. Tous les moments passés avec lui et sa femme ont été d’une grande richesse pour moi. Je n’ai pas pu rester longtemps cette fois-ci, mais j’y repasserai après l’été. Et j’encourage toute personne se posant des questions sur ce qu’il se passe dans cette zone « hors-la-république » à rencontrer Marcel et Sylvie !

Samedi en fin d’après-midi, je quitte Notre-Dame-des-Landes pour me diriger vers Angers où je dois retrouver quelques amis pour assister à un concert de Luc Arbogast, troubadour des temps modernes à la voix fascinante. Excellente soirée, malgré quelques soucis de stationnement et fourrière avec ma voiture et une nuit dehors sous des cartons. Puis, dimanche matin après la Messe, direction le Finistère très-Nord pour débuter mes vacances par une semaine en famille.

Je ne serai pas, ou peu, actif jusqu’à la fin du mois d’août, où je reprendrai mon aventure après quelques semaines entre amis, par monts et par vaux.

Bonne vacances à ceux qui en ont ! Et courage pour les autres !

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