Cet entretien est un apport de cet article et le premier d’une série de six entretiens.


Quelle est l’histoire de votre fondateur, Lanza del Vasto ?

Benoît : Né en 1901 d’un père sicilien et d’une mère belge dans le sud de l’Italie, Lanza del Vasto descend des rois de Sicile. Il meurt en 1981.

Il fait ses études au lycée Condorcet à Paris où il lit Spinoza, ce qui le convainc de renoncer à sa foi chrétienne. Il se lance à corps perdu dans la philosophie, qu’il étudie à Florence et à Pise, et écrit une thèse dont la phrase clé est « Si tout est relatif, l’absolu, par soi-même, se pose : c’est la relation ». Un de ses amis lui propose alors de lire saint Thomas d’Aquin, ce qu’il n’accepte pas tout de suite car il rejette son côté religieux ; il finit finalement par se laisser convaincre par piété filiale, car Thomas d’Aquin est l’un de ses arrière-grand-oncles. Pendant ses vacances, il lit donc un de ses livres emprunté à la bibliothèque universitaire, et est retourné par cette phrase : « Dieu est relation, mais non relation relative puisqu’immuable. Dieu est relation absolue », car elle est la continuité parfaite de sa propre thèse. Il retourne alors au christianisme et, avec le zèle des nouveaux convertis, cherche à voir ce que cela implique pour sa vie.

Au début des années 30, dans l’entre-deux guerres, il voit la montée des extrêmes et cherche une réponse à ce qu’il pressent devoir arriver, à savoir la seconde guerre mondiale. Les chrétiens de l’époque ne lui apportant pas de réponse, il se tourne vers Gandhi et part en Inde le rencontrer, « non par attrait pour les religions exotiques – je m’étais non sans peines converti à la religion de mes pères, mais pour apprendre à devenir meilleur chrétien ».

Cette rencontre est décisive pour lui. Il réfléchit alors sérieusement à rester dans un ashram gandhien jusqu’à sa mort. Au cours d’un pèlerinage vers les sources du Gange, il reçoit un appel, celui de rentrer en Europe et de fonder des communautés.

De retour en Europe, il fonde la Communauté de l’Arche en s’inspirant du modèle gandhien et en l’adaptant au contexte occidental.

ark_lanza_large
Lanza del Vasto en habit traditionnel de l’Arche

 

Comment était-il perçu par ses contemporains, notamment les chrétiens ?

Robert : Les chrétiens de l’époque éprouvaient une grande suspicion par rapport à Lanza del Vasto. Ses positions avant-gardistes sur le dialogue interreligieux, la réconciliation religieuse, ses éléments de vie intérieure inspirés de l’hindouisme, la méditation, la pratique du rappel (instant de silence, d’intériorisation, sonné toutes les heures pendant le travail, NDLR), les pratiques corporelles inspirées du yoga, son principe de non-violence, tout cela n’était pas évident à comprendre pour la majorité des chrétiens. Des dominicains ont même été envoyés pour vérifier que sa pensée était bien orthodoxe. Il a également été rudement attaqué par certains de ses contemporains. Il a alors publié son Commentaire de l’Evangile, qui a reçu l’Imprimatur du Vatican, ce qui a apaisé certaines choses.

Lorsque Lanza del Vasto débute ses actions civiques non-violentes, un certain nombre de personnes quitte la Communauté de l’Arche. Le voyant passer du statut de maître spirituel à une réelle action politique, en dénonçant les injustices, en faisant des jeûnes spirituels, en allant à l’encontre des lois injustes, certains prirent peur et quittèrent le bateau. Reçue de Gandhi, l’unité de vie n’était pas simple à faire comprendre.

Elisabeth : Sur la question écologique, Lanza del Vasto a également été précurseur, à une époque où ses contemporains ne pouvaient pas forcément le comprendre. Car il faut bien se rappeler que si la problématique écologique est aujourd’hui assez évidente, de par la parole de personnalités telles que le pape François et une certaine prise de conscience générale à cause des évènements actuels, rares étaient les personnalités de l’époque ayant entrevu ce qui allait se passer à ce niveau-là. Quand Lanza del Vasto dénonçait « le déluge fait de mains d’hommes », on peut estimer qu’il était prophète. Sur les questions de simplicité volontaire et de respect de la Création, il était à dix mille lieues de ses contemporains.

Robert : Il s’est ainsi fait beaucoup d’ennemis à cause de son combat à contre-courant du progrès. Quand Clavel disait dans les journaux : « Ce n’est pas avec sa quenouille, à filer la laine, que Lanza del Vasto va arrêter les guerres et les machines », il répondait « Regardez ce qu’a fait Gandhi avec le rouet. Ce qu’aucun gouvernement n’aurait pu faire avec une armée et les moyens modernes, Gandhi l’a fait. Avec un simple rouet, c’est une révolution qu’il a menée. Mais une révolution sans conversion, sans changement de vie, c’est comme jeter une pierre dans l’eau : le creux est à peine formé qu’il disparaît aussitôt ». Ce frein face au progrès était incompréhensible à l’époque, dans les années 50 à 60… Il l’est d’ailleurs encore pour certains aujourd’hui.


La Communauté de l’Arche

 

J’ai dégagé trois piliers de l’Arche : spiritualité, vie communautaire et mode de vie – travail manuel. Cela vous paraît-il juste ?

Les trois : Et la non-violence ! Mais ça englobe tout ça, on essaie de tout unifier, tout s’imbrique dans tout ! (rires)

Robert : Le fondement de tout ça, c’est la conversion, le retour à Dieu. Tout le reste en découle. C’est juste une application de l’Evangile finalement !

Je rajoute la non-violence alors !


Dans le prochain article, vous découvrirez la spiritualité de l’Arche de Lanza del Vasto.

Laisser un commentaire