Cet entretien est un apport de cet article et le deuxième d’une série de six entretiens. Lisez la partie précédente en cliquant ici.


La Communauté de l’Arche

J’ai dégagé trois piliers de l’Arche : spiritualité, vie communautaire et mode de vie – travail manuel. Cela vous paraît-il juste ?

Les trois : Et la non-violence ! Mais ça englobe tout ça, on essaie de tout unifier, tout s’imbrique dans tout ! (rires)

Robert : Le fondement de tout ça, c’est la conversion, le retour à Dieu. Tout le reste en découle. C’est juste une application de l’Evangile finalement !

Je rajoute la non-violence alors !


La spiritualité

Tout cela est comme vous le dites une unité, mais peut-on développer chaque pilier indépendamment ? Sur la spiritualité d’abord ?

Elisabeth : Dans notre spiritualité, il y a deux dimensions : l’enracinement et l’ouverture.

Chacun est invité à se relier et à s’enraciner dans sa propre tradition religieuse, et la communauté est invitée à faire également ce travail d’enracinement. Les personnes que nous accueillons, dans le contexte actuel, peuvent ne pas avoir d’enracinement. Mais pour pouvoir se projeter et s’engager dans la durée, il est indispensable que chacun trouve cet enracinement et le fasse vivre, le nourrisse, car il est la source de vie.

Et puis il y a la dimension d’ouverture aux autres traditions. Une prière que nous prenons régulièrement dit : « Ô Dieu de vérité, que les hommes divers nomment de divers noms, mais qui est l’Un, l’Unique et le Même ». Nous avons la conviction que chacun Le cherche dans sa propre tradition, par le chemin qui lui a été donné, avec la forme de Dieu qui lui a été transmise, mais que c’est sûrement le même. Cela nous relie les uns aux autres dans une forte communion spirituelle.

Ici, à Gwenves, cela se concrétise par un office chrétien le matin, qui est notre prière d’enracinement, et par une prière d’ouverture l’après-midi, où nous prions chaque jour en communion avec une tradition religieuse différente. Nous prions le lundi avec nos frères hindous, le mardi avec nos frères musulmans, le mercredi avec les « religieux sans religion », le jeudi avec nos frères bouddhistes, le vendredi pour les églises reformées et l’unité de l’Eglise et le samedi avec nos frères juifs.

Nous insistons sur le fait qu’une vraie ouverture n’est possible qu’avec un réel enracinement. Une ouverture sans enracinement est une fausse ouverture, comme une fleur qu’on coupe pour la mettre en bouquet : elle restera belle quelques instants mais sera vite fanée. Être ouvert à l’autre dans sa tradition, dans son chemin de Foi, nécessite de bien creuser son propre chemin. C’est quelque chose dont nous souffrions dans la communauté-mère.

Notre vie communautaire est très complète, très profonde, nous partageons énormément de choses. Sans cet enracinement de chacun à sa source et en Dieu, on ne peut pas durer longtemps. Nous donnons bien sûr notre part, mais c’est d’abord Dieu qui fait l’unité ! Il faut toujours revenir à la source, à Dieu !

Je parle là en tant que catholique, mais je crois que c’est vrai dans toutes les religions : n’a-t-on pas un devoir d’évangélisation envers ceux qui nous entourent ? Comment cela est-il compatible avec ce que vous vivez ici ?

Benoît : D’abord, il y a des instituts, des ordres, qui ont des missions plus directes d’évangélisation. Dans l’Arche, nous sommes un petit peu en retrait par rapport à ça, pour permettre le dialogue avec d’autres croyants.

Cela étant, la plupart des jeunes que l’on reçoit sont des jeunes sans enracinement. Le fait d’être une communauté vivant des temps d’ouverture peut les aider à cheminer vers le temps du matin qui est celui de l’enracinement. Parce qu’il y a, à tort ou à raison, une crainte d’un aspect un peu étroit ou fermé, et donc montrer le contraire peut aider à cheminer vers ses propres racines.

L’autre élément dont on peut parler à propos de l’évangélisation est qu’à un moment donné, les mots ne parlent plus. C’est alors la vie qui va parler, la vie qui sera le tissu des mots. C’est peut-être là que l’évangélisation fait partie de notre communauté, c’est dans le langage des actes.

Elisabeth : Notre vocation est plutôt en amont. Notre saint patron est Jean le Baptiste, qui nous appelle à la conversion, au retournement. Notre vocation est peut-être celle-ci : celle de l’éveil à la vie intérieure. Nous sommes là pour interpeler : « Que fais-tu de ta vie intérieure ? ». Comme le disait Robert tout à l’heure, nous avons en plus des prières communautaires la pratique du rappel, de la méditation, et ces pratiques sont possibles pour tout le monde, quel que soit son chemin. De cela peut naître un chemin qui continuera souvent ailleurs, dans d’autres structures ou formes d’accompagnement.

Robert : La première fois que je suis allé dans une communauté de l’Arche au Québec, j’ai trouvé ça rude à cause du silence. Il y avait beaucoup de silence, parce que peu de machines, de radios, pas d’artifices, et cela m’avait frappé. S’il y a une chose que l’Arche porte dans sa spiritualité, c’est ce silence, cette prière. Lanza del Vasto disait que la plus belle prière, c’est la prière silencieuse, la prière intérieure.

Le silence peut être plus oppressant que le bruit, surtout quand on n’a pas l’habitude.

Robert : Oui c’est ça ! Le vide, la solitude… Le jeûne ! Ne pas manger une journée, certains n’ont jamais vécu ça ! C’est du domaine du silence, une pratique totalement hors du monde, de la consommation, de la suractivité, de l’énervement, du bruit.

Donc ça, c’est une richesse qui est là. Ce ne sont pas des mots, c’est une vie !

Benoît : Paul VI disait : « Le monde contemporain a moins besoin d’enseignants que de témoins ».

Elisabeth : Et ce qui est très touchant dans ce que disent les stagiaires, c’est qu’il font très vite et spontanément le lien entre les textes de la Parole de Dieu qu’on reçoit tous les matins à la prière, et puis ce que l’on vit. Et quand ils arrivent à toucher ça un tout petit peu, il n’y a rien à dire de plus : l’Esprit s’engouffre et fait le travail ! Il y a plein de petits miracles qui se font.

Robert : Ça ne veut pas dire qu’on ne parle pas de Jésus ! On peut parler de Jésus, ça arrive même souvent ! Et il y a les grandes fêtes chrétiennes, que l’on fête ici puisque nous sommes chrétiens. Aujourd’hui, 4 octobre, c’est la saint François et ça coïncide avec l’anniversaire de notre fondation. Nous sommes de toute façon marqués par la culture chrétienne. Les personnes n’ayant pas cette culture nous trouvent souvent trop chrétiens, et les gens très cathos ne nous trouvent pas assez chrétiens ! (rires) Alors justement, nous essayons de faire le pont entre des réalités très différentes. Et faire le pont n’est jamais facile !


 

La vie communautaire

Que pouvez-vous me dire sur la vie communautaire telle que vous la vivez ?

Benoît : Je pense que l’on va plus loin dans la vie spirituelle et dimension chrétienne de l’hospitalité par la vie communautaire plutôt que seul dans son coin ou en famille (…).


 

Dans le prochain article, vous découvrirez la vie communautaire de l’Arche de Lanza del Vasto.

Laisser un commentaire