Cet entretien est un apport de cet article et le quatrième d’une série de six entretiens. Lisez la partie précédente en cliquant ici.


Comment vivez-vous au quotidien ce qu’on appelle la « simplicité volontaire » ou la « sobriété heureuse » ?

Robert : Nous avons un vœu de simplicité et de pauvreté. Nous vivons une pauvreté laborieuse et non mendiante, une pauvreté où l’on sue. (rires)

Benoît : Nous vivons dans un luxe frugal !

Robert : Oui, ce n’est pas la misère, au contraire, il y a une grande abondance !

Nous sommes pour l’instant dans un contexte particulier qui est un contexte de fondation, qui nous oblige à certains compromis. Un des besoins d’une fondation, malheureusement, c’est les sous ! Et ce besoin n’est pas très sobre actuellement, parce qu’il y a énormément de choses à construire.

Elisabeth : Jean Vanier (fondateur de l’Arche de Jean Vanier, une communauté amie, NDLR), au moment de sa fondation, disait qu’il n’avait pas imaginé que pour fonder une communauté pauvre, il fallait autant d’argent.

Robert : Ce n’est pas simple pour nous, c’est même assez acrobatique puisque l’on venait d’une communauté bien installée où on avait le luxe de faire beaucoup de choses à la main. Je dis le luxe dans le sens où on n’avait pas besoin de beaucoup de sous puisque tout était là. Dans une fondation, on a tout à construire à partir de rien, donc le double de travail avec moins de monde. Mais en même temps, c’est passionnant parce que c’est un dépassement de soi, un plus grand don. Je dirais que c’est à la fois un détachement et un attachement, et il y a une tension entre les deux. Détachement par rapport à notre désir d’une plus grande cohérence, d’une plus grande simplicité ; attachement à la vision, à ne pas perdre ce désir de simplicité.

On utilise dans l’Arche les mots « cohérence » ou « unité de vie ». Que la vie matérielle, communautaire et spirituelle soit une. Tous nos vœux sont interdépendants ! Et c’est ce qui m’a attiré, ce qui m’a ramené au Christ. La beauté de l’amour de saint François d’Assise pour Dame Pauvreté m’a foudroyé, j’en ai eu soif. Je me suis senti – et je me sens encore – appelé à ça.

La réalité de la fondation du Gwenves aujourd’hui, ce sont ces acrobaties dont j’espère que nous arriverons à sortir petit à petit. J’ai hâte de voir comment nous allons revenir à notre idéal, en faisant la place au cheval par rapport au tracteur, par exemple. Sur l’artisanat aussi, faire nos vêtements, nos paniers, nos souliers et sandales. Tout ça fait partie de l’esprit de la communauté et transparaît dans notre économie, car nous vendons le surplus de production, nous transformons nos produit pour les vendre, et les gens sont surpris de la diversité de ce que l’on propose. Il y a peu de gens qui arrivent à ça, et c’est grâce à la communauté mais aussi grâce à l’esprit de l’économie gandhienne.

Peut-on également parler d’une recherche d’autonomie ?

Benoît : Sur le plan économique, le terme utilisé par Gandhi est celui de swadeshi, qui est un mot du sanskrit, et qui n’est pas évident à traduire en français. Certains l’ont traduit par « autarcie » ou « autosuffisance », mais ce sont des mots qui ont parfois une connotation péjorative à cause de l’idée d’un repli, d’une fermeture, d’un entre-soi. Je suis donc allé chercher du côté de la théologie chrétienne, et j’ai pris le mot « subsidiarité » que les théologiens utilisent pour décrire le régime politique le plus conforme à l’Evangile. Nous l’appliquons nous à l’économie, c’est-à-dire chercher à répondre au problème à la plus petite échelle capable de le résoudre. Un problème en économie est un besoin, c’est donc la plus petite échelle capable de répondre à un besoin.

C’est l’étymologie du mot « économie » : les lois de la maison. On reste le plus proche possible de la maison.

Robert : Lanza del Vasto parlait de « réduire ses désirs à ses besoins ». Ça fait partie de l’ascèse.

C’est ce que l’on apprend à l’école de l’Arche, à faire au maximum soi-même les produits dont on a besoin, de la pâte à dents à la chaise, en passant par les vêtements et la maison. Et ça procure une immense joie, de créer, d’inventer, de découvrir. On redécouvre des choses toutes simples qu’on avait oubliées, qu’on ne savait plus faire ! Quand tu viens de la ville, du monde moderne, où tu n’as rien appris d’essentiel, et que tu rentres à l’école de l’Arche, tu mets de côté toutes les niaiseries qu’on t’a apprises, tout ce qui t’a déformé, et tu redécouvres les choses essentielles. Couper ton bois, chauffer ton poêle, filer la laine, coudre tes vêtements, construire ta maison, travailler la terre, raboter une planche, tu redécouvres le goût des choses essentielles et c’est vraiment une grande joie !

J’ai le souvenir d’avoir été complètement passionné, et heureusement qu’il y avait la prière et la vie communautaire pour rééquilibrer tout ça, pour que les passions ne prennent pas trop de place par rapport au reste. Le feu de la passion donne la force d’avancer, mais il ne faut pas qu’il n’y ait que ça.


La non-violence

Et sur la non-violence ?

Benoît : La non-violence, c’est déjà admettre que la colère et la violence sont des réalités qui habitent nos vies personnelles et nos sociétés, et se demander d’où vient cette violence.


Dans le prochain article, vous découvrirez la non-violence de l’Arche de Lanza del Vasto.

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