Après un passage de quelques jours du côté de Nérac, je me dirige donc vers l’abbaye bénédictine olivétaine de Maylis dans les Landes, entre Mont-de-Marsan et Dax, pour y découvrir la conversion écologique de la dizaine de moines y vivant depuis le milieu du XXe siècle. J’avais en effet lu quelques semaines plus tôt un reportage de La Croix relatant cette conversion, et j’avais trouvé leur démarche fort intéressante !

J’arrive donc à l’abbaye un dimanche pour la Messe et suis tout de suite mis en relation avec le frère Joseph, qui s’occupe de superviser l’activité agricole de la communauté. Je passerai plusieurs heures à discuter avec lui pendant mon séjour et réaliserai avec lui un entretien à paraître en deux parties dans les prochains jours (Coulisses d’une conversion écologique ; L’écologie au cœur de la vie religieuse). J’aurai également l’occasion de travailler quelques heures avec lui et ses frères à repiquer la « plante de Maylis », ainsi qu’à aménager leur potager en devenir. Je visiterai leurs ateliers de menuiserie et de fabrication de cire à bois, j’assisterai à la tonte annuelle de leurs quelques moutons et serai invité à une de leurs récréations pour leur raconter mes découvertes de ces derniers mois.

 

 

Devant initialement me diriger vers les Pyrénées après ce séjour d’une petite semaine, je me vois finalement obligé de changer mon programme pour aller passer un entretien en Suisse. Sur la route se trouve le monastère de Randol, fondation de l’abbaye de Fontgombault – visitée quelques semaines plus tôt. Je décide donc d’y passer trois jours, où je passerai de nombreuses heures à écrire, à assister aux offices, mais où j’aurai également l’occasion de visiter rapidement la ferme de l’abbaye : il y est produit du fromage avec le lait des vaches du monastère. Sans y arriver complètement, le frère fermier s’intéresse de plus en plus à l’écologie et espère bien progresser dans ce sens à l’avenir.

Randol
Abbaye de Randol

Après une courte pause chez des amis, j’arrive à Fribourg (Suisse) quelques jours plus tard pour finaliser mon inscription à l’institut Philanthropos pour l’année prochaine. J’y passerai quelques jours où j’aurai l’occasion de discuter longuement avec Fabrice Hadjadj d’écologie, et particulièrement des projets allant dans ce sens pour l’institut. Je rencontrerai également le directeur de la maison d’édition Première Partie, éditeur de la revue Limite, et j’aurai de belles discussions avec différents étudiants sur le fruit de mon expérience de cette année. Je remarque qu’un certain nombre d’entre eux sont très intéressés par ces problématiques et envisagent, de différentes façons, de s’y engager à l’avenir, qui en maraîchage ou en faisant une formation de berger ou d’apiculture, qui en partant faire du Woofing, etc. Il semble que l’institut, non seulement forme ses étudiants à la notion d’écologie intégrale, mais également en pousse un certain nombre à l’incarner concrètement : nul doute que cette génération participera dans les prochaines années à l’insurrection écologique chrétienne !

De retour en France, je me rends pour la seconde fois à l’abbaye de Triors, également fondation de Fontgombault. J’en visiterai aussi la ferme avec l’un des frères fermiers, et serai frappé de la volonté de ces frères pour un changement de modèle agricole. Malheureusement, pour diverses raisons, la tâche est très ardue pour eux et ils sont souvent découragés…

Ainsi, la communauté produit du fromage à partir de son lait, des produits transformés à partir de ses fruits, des œufs, etc. Avec l’utilisation, un brin raisonnée mais encore bien présente, de produits chimiques divers. Les quelques expériences tentant de s’en passer tournent parfois court, mais elles ont le mérite d’exister : tentative d’enherbage d’un verger, tests de micro-organismes par exemple.

Triors
Abbaye de Triors

Après quelques jours, je me dirige ensuite vers le monastère du Barroux en Provence, en faisant un détour par un lieu alternatif en Drôme provençale. J’avais depuis quelques mois le contact d’un jeune tailleur de pierre que j’ai enfin pu rencontrer. Il habite pour le moment un lieu, perdu dans les montagnes, appartenant à un autre tailleur de pierre. Acheté il y a une vingtaine d’année, cet ensemble de bâtiments dont la plupart étaient en ruines est depuis restauré petit-à-petit, essentiellement avec des pierres de récupération, toutes venant de la région, pour devenir un superbe ensemble, sculpté et travaillé à l’ancienne. Sont également produits sur ce lieu, où passe tout le temps du monde, des légumes, plantes aromatiques, blés anciens et fruits en tous genres. Etant attendu de bonne heure au monastère, je n’ai passé que quelques heures sur places, mais j’y retournerai dès que possible ! Les gens y vivant sont extrêmement accueillants, ouverts et intéressants, et m’ont dit que les lieux m’étaient ouverts quand je le souhaitais, notamment pour apprendre la taille de pierre.

Après m’être un peu promené et lavé dans un cours d’eau, j’arrive au monastère du Barroux. Le cadre est somptueux, les bâtiments sont beaux et les moines adorables. J’y resterai quatre jours, le temps de visiter le moulin à huile et la boulangerie de la communauté, et de travailler quelques heures au jardin. Là aussi, certaines choses sont déjà en route pour travailler de manière écologique : les oliviers sont soignés avec soin en prenant soin de limiter au maximum les intrants chimiques, les pains et les divers gâteaux et biscuits produits par les frères boulangers sont travaillés en partie au levain naturel et la farine utilisée est biologique. Néanmoins, ces deux ateliers sont très bien mécanisés et assez modernes, laissant – à mes yeux – peu de place au travail manuel et à la contemplation, bien que les frères m’ayant fait visiter les lieux aiment vraiment leur travail. Quant au jardin, le frère jardinier essaie tant bien que mal d’apporter de la vie à la terre en y incorporant le plus possible de matière organique, en la paillant dès que possible et en travaillant au maximum à la main.

Barroux
Abbaye du Barroux

Comme dans une grande partie des monastères visités depuis mon départ en juin dernier, les constats sont assez semblables, bien qu’à échelles différentes selon les communautés. De plus en plus de moines réfléchissent aux questions écologiques, de plus en plus essaient de passer à l’acte, certains avec un certain succès, mais toujours avec les mêmes difficultés : freins ou incompréhensions de membres de la communauté par rapport à la conversion écologique – pour raisons idéologiques et politiques souvent ; manque de connaissances et compétences paysannes pour des moines placés dans leurs fonctions sans avoir été forcément formés dans ces domaines, et donc héritiers par défaut des méthodes de leurs prédécesseurs ou des agriculteurs conventionnels des alentours ; règle contraignante au niveau des horaires de travail et laissant peu de possibilités d’aller se former ou chercher les informations au-dehors du fait de la clôture monastique ; parfois une certaine obligation de résultat pour nourrir la communauté, rentrer dans les frais, voire faire gagner de l’argent à la communauté.

J’ai senti chez la plupart des moines s’inquiétant de l’urgence écologique un appel au secours plus ou moins explicite, la plupart me demandant de parler de cela autour de moi, de leur proposer des contacts pouvant les accompagner dans leur démarche. Je n’oublierais jamais la phrase de l’un d’entre eux : « Les moines ont peut-être un rôle à jouer dans la conversion écologique du catholicisme, un exemple à donner… J’en suis même sûr. Et si c’est vraiment le cas, le bon Dieu devrait nous y aider. Il faudrait qu’Il se dépêche…».

Il y aura, dans les prochains mois, des solutions à trouver pour accompagner les communautés monastiques dans leurs démarches écologiques, où qu’elles en soient et quelles que soient leurs vocations propres, leurs apostolats, car chacune à son niveau a des leviers d’actions. Je suis convaincu que les monastères ont un rôle important à jouer, car ils ont toujours été des moteurs de la chrétienté : il faut les y aider !

Après ce passage au Barroux, je suis retourné pour quelques semaines dans l’Aude pour faire les foins chez des paysans-fromagers rencontrés au mois de janvier et passer quelques jours chez mon frère pour l’aider à travailler sur son terrain, dans les Montagnes Noires. Prochaine – et dernière – étape : les Pyrénées !

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